NDAO ARY E !*

Texte de Izika, Extrait de la revue Fragment No. 6 initié par Romain Philippon

Toutefois, c’est bel et bien elle que l’on voit apparaître, à l’issue d’une frontière inattendue : Antsirabe. Enveloppée d’un voile frisquet et humide.

Graphiquement, des impressions révèlent les entrevues culturelles qui y sont fomentées. Une cheminée en briques rouges pouvant s’y dresser haut dans le ciel, en même temps qu’une cathé- drale ; toutes deux rivalisant dans leur entièreté : l’une servant à dessécher du bois d’ouvrage, l’autre désireuse d’asseoir son autorité morale. Quand des bâtiments d’époque coloniale y survivent, ré- chauffent leurs tuiles rouges que la rouille mordille.

Les habitants, quant à eux, se hâtent. Ne semblent pas avoir le temps de s’arrêter, d’y réfléchir. L’ave- nue de l’indépendance déroule ses deux voies pour qu’ils s’y engouffrent, dans leur empressement, celui de subvenir.

La concurrence amène les véhicules à se dépas- ser en cohorte. Pourtant, alors même qu’au point d’orgue de toute cette activité toute forme d’ordre aurait volé en éclats, force est de consta- ter l’absence de collisions, ou de carambolages qui plongeraient une fois pour toutes ce petit monde dans le chaos.

L’on repense alors aux champs qui bordaient cette autoroute. N’étaient-ils pas parsemés de jeunes plants comestibles ? Et ces étals de kakis, n’avaient-ils pas l’air sucrés, même gorgés d’eau ?

L’on se dit qu’ils doivent savoir ce qu’ils font. Qu’à l’intérieur d’une telle structure, peut fourmiller de bonnes intentions. N’ont-ils pas érigé un monu- ment au milieu de cette place très fréquentée ? Une architecture des ethnies présentes dans les régions de la grande île ?

Quoi qu’il en soit, il y a quelque chose d’étrange à Antsirabe. Une ville de sel où les échos de la mer ne parviennent pas. Mais ses vapeurs en ont attiré plus d’un, à l’instar d’une essence capiteuse. Et il y a comme une absence, venant de ses bâtisses où ont eu lieu des fêtes maintenant révolues.

Tu te demandes : combien de temps tiendrait un tel jardin suspendu sans s’effondrer ?

Le temps que les marchandes déambulent pour proposer leurs pintades en pommes de pin. Le temps qu’un marmot présente cent Ariary à une vendeuse de biscuits, l’air mutin. Le temps de boire un verre.

Tu verras bien ; entre deux pas, l’un de côté l’autre en revers. Pour ne pas se faire faucher par des voitures qui filent. Tu verras bien le temps que ça dure.

*Allez-y pour voir !

une histoire formidable